La métropole, un destin pour Paris

 Il y a 50 ans  la « bande à Delouvrier », haut fonctionnaire chargé par le Général de Gaulle de planifier le développement urbain de la Région  Parisienne inventait les villes nouvelles, le RER et le périphérique. Suivrait la Défense, puis l’A86. L’agglomération allait se structurer durablement sur ce schéma théoriquement polycentrique, mais en réalité  fortement convergent sur la capitale, qui assura son hégémonie sur la banlieue. Vingt ans plus tard le SDAURIF de 1995 , sous l’autorité de l’Etat,  s’efforça de contenir l’étalement péri-urbain résultant de ce schéma radial en rétablissant un semblant de multipolarité, mais il se révéla incapable, faute de volonté et de moyens, de réorganiser le réseau de transports pour résoudre la crise aigüe des déplacements.

Or, il fallut attendre encore une quinzaine d’années pour voir émerger un nouveau concept d’agglomération porté par l’Etat et la Région : la Métropole du Grand Paris. Le concept de métropole n’est en soi pas nouveau, il recouvre à travers la planète des réalités différentes, mais dans le contexte français il marque une étape décisive dans l’aménagement du territoire.

Une seconde révolution copernicienne

1-Métropole-EL La création de la  métropole du Grand Paris date déjà de dix ans.  Elle regroupe autour de Paris 11 territoires de la petite couronne qui sont des EPCI à fiscalité propre. Ce qui est important c’est que, d’une part, ces 12 territoires doivent planifier solidairement leur territoire à travers un SCOT unique adossé à un Programme de l’Habitat (PLHH) et que, d’autre part, ils doivent à terme adopter une  fiscalité unique. Le projet métropolitain s’annonce ainsi   comme une volonté fondatrice de  « lutter contre les inégalités territoriales  en rééquilibrant le développement au sein de la Métropole ». La réalisation de cet objectif sera difficile pour deux raisons : d’abord parce que les mobilités résidentielles dépendent du marché du logement, ensuite parce que, sur un bassin d’emploi aussi homogène une fiscalité des entreprises harmonisée ne jouera qu’à la marge sur les implantations.

Le Grand Paris Express, un fil historique enfin retrouvé :

2-GP Express-ELLa structuration de cette nouvelle entité politique et administrative se fera en renouant le fil historique de la politique des grandes infrastructures initié par Paul  Delouvrier. Cette fois, il s’agit d’un nouveau réseau de transports public : le Grand Paris Express., 200 km de métro souterrain autour de la capitale, desservant 68 stations. Tout ce réseau fonctionnant en automatique. Toute comparaison chiffrée est inutile d’autant qu’on ne pourra la faire qu’à la fin.

Il s’agit de deux projets comparables mais avec des finalités opposées : le projet Delouvrier, faiblement polycentrique centrait toute l’agglomération sur Paris, le GPE fait l’inverse.

La face cachée du Grand Paris Express     

                                                                                                             3-GPE gares-ELCartographie IAU

La carte ci-dessus fait figurer les 68 gares qui jalonneront le tracé des deux boucles du réseau du Grand Paris. Chaque pastille rouge figure l’emplacement de la gare et délimite un espace de 800 mètres de rayon autour de celle-ci. Cet emplacement, qui fait donc environ 200 hectares en milieu urbain, est baptisé « périmètre de projet » autour des quartiers de gare. Traduit en langage technique il s’agit de périmètres de mutation urbaine et  de transformation du bâti, donc de projets de construction synonymes de densification du tissu urbain. Là un peu de calcul s’impose : 200 hectares multipliés sur 68 gares produisent une surface gigantesque de plus de 13 000 hectares soit plus que la surface de Paris (10 000 hectares).

Se révèle donc la face cachée du projet de grand métro qui, au-delà de son impact direct sur les mobilités, génèrera sur son parcours un colossal anneau de transformation et de croissance urbaine, susceptible de bouleverser les équilibres fonctionnels de l’agglomération. De ce point de vue, le projet métropolitain semble tenir  sa promesse de rééquilibrage, mais il faut aller plus loin pour en comprendre les enjeux.

L’enjeu initial de mobilité mérite tout de même qu’on s’y attarde un peu. Le double anneau ferré de 200 km, à 95% en souterrain, annonce des performances de desserte phénoménales avec des cadencement de 2 à 4 minutes, dignes du métro. Une performance inatteignable sans une gestion automatique, mais sur quels flux de voyageurs et au total quelles recettes ? Ces prévisions restent dans les cartons…

Au demeurant, c’est la grande inconnue de ce projet et cela pourrait sembler paradoxal à un moment-clef où on assiste à de grandes mutations dans le domaine des mobilités. Le pari le plus risqué est là, mais son impact urbain structurant méritait d’être réévalué. En particulier pour Paris. C’est ce que nous proposons d’esquisser .

Les quartiers gares et les  pôles de croissance urbaine de la Métropole

4-GPE Villejuif-EL5-GPE Noisy EL

Villejuif gare  (Apur)                              Noisy Champs gare (Apur) 

6-GPE Issy vanves Clamart-EL

    Issy Vanves Clamart (Apur)

 Une étude de l’Apur recense avec beaucoup de précision l’état des projets en cours, généralement des ZAC, dans les périmètres de gares de 800 mètre de rayon. Cette étude porte sur les 16 gares de la ligne 15, plus ou moins proche du périphérique sud.

Les trois vignettes ci-dessus montrent, d’une part, que les secteurs en projet ou en cours de réaménagement varient beaucoup en surface (de 5 ha à 270 ha) en fonction de la proximité de Paris et de leurs interconnexions, d’autre part que lesdits projets débordent déjà largement du périmètre de mutation (cercle vert). L’étude évalue à 20% de ce périmètre foncier la surface déjà mise en projet sur la totalité des gares et en conclut sobrement que le rééquilibrage Paris/1e couronne, inscrit dans les « gènes » de la Métropole, reste encore timide. Cette prudence s’explique à ce stade, mais la mise en perspective de ce grand projet en plein démarrage laisse penser le contraire. En effet, pour plusieurs raisons, on peut penser que la couronne urbaine jalonnée par ces gares va se densifier progressivement mais inéluctablement en bousculant les équilibres actuels.

Ces projets sont déjà plus denses que leur environnement, ils sortent souvent du cercle induit, ils génèreront d’autres projets (plus proches du périphérique). En plus la densification se fera dans le tissu existant (phénomène « Built in my Backyard »), en même temps que la très attendue rénovation thermique du bâti pavillonnaire.

Vers un rééquilibrage des densités urbaines ?

Il faut d’abord souligner une tendance de fond qui semble aller dans ce sens, puisque Paris depuis 8 ans perd des habitants tout en continuant à attirer les emplois, tandis que la petite couronne gagne sur les deux tableaux. Les deux phénomènes ne sont pas forcément liés, le principal facteur de la désaffection relative de la capitale est certainement lié à l’immobilier spéculatif qui y sévit.

Mais  il est raisonnable de penser que sur un même bassin d’emploi et d’habitat puisse s’installer durablement une forte interaction entre une banlieue rénovée et suréquipée et la ville centre.    C’est d’ailleurs, faut-il le rappeler,  le but du jeu !

7-densités IdeF-ELLa carte ci-dessus montre les écarts de densités entre les quatre  entités géographiques de l’Ile de France. Les chiffres sont parlants : la densité de population entre Paris et la petite couronne varie d’un facteur 3 ; cet écart  est encore aggravé pour la densité mixte (habitants et emplois) puisque le taux d’emploi sur Paris est au sommet ; reste la densité brute qui mesure le taux d’artificialisation des sols: il  varie en gros dans un rapport de 1 à 4. Cette dernière estimation n’est qu’une moyenne…

Il est temps une fois encore de sortir la calculette, juste pour voir. Le total des surfaces mutables entourant les quartiers-gares représente, rappelons-le, plus que la surface de Paris soit 13 000 ha (130 km2). En admettant que ces surfaces soient entièrement construites en respectant la densité moyenne de la Métropole soit 6700 hab/km2, on obtient une croissance de population de l’ordre de 700 000 habitants. Le compte est bon, la croissance annoncée dans les statistiques de la Métropole est de l’ordre de 800 000 habitants pour au moins autant d’emplois, puisqu’on raisonne à juste titre en mixité.

Ndlr1 : les chiffres de mise en chantier sur le GPE démontrent que la proportion habitat/emplois est plus proche de 50/50, alors que dans le scénario de programmation de la MGP le rééquilibrage des emplois prévoit une proportion de 60/40 en faveur de ceux-ci. Rien de bien nouveau, il est plus facile de programmer des logements que des emplois.

Sauf qu’on construit déjà plus dense et on omet d’y ajouter l’imprévisible  densification du tissu pavillonnaire, qu’il serait déraisonnable de ne pas prendre en compte.

Ndlr 2 : les statisticiens utilisent plus volontiers comme indicateur démographique le cumul habitants + emplois qui s’établit en moyenne à 140 hab/emplois à l’hectare (14 000 au km2) sur la Métropole. Mais cet indicateur est trop influencé statistiquement par l’exceptionnelle concentration des emplois sur Paris et la Défense. Les chiffres bruts nous semblent mieux refléter la réalité démographique de l’agglomération. Au demeurant, les calculs sont cohérents.

Vers un scénario de rupture : pour un urbanisme bioclimatique sur  Paris.

D’un côté, une capitale hyper-dense et enchaînée à la spéculation immobilière et de l’autre un vaste ensemble de quartiers rénovés, bien équipés en emplois et en transports publics qui peuvent offrir un cadre de vie plus aéré, aux choix multiples: comment ne pas y voir l’alternative du futur ? On n’échappera pas à ce dilemme sur le long terme si  la capitale ne se décide pas à donner plus d’air et plus d’espace aux parisiens, en adaptant son territoire aux défis bioclimatiques. La construction de la métropole peut servir ce dessein. Paris peut s’y préparer, en prenant le temps de replanifier sa politique urbaine, mais en s’y mettant sans tarder.

Il est temps, en effet,  de promouvoir  une politique d’amélioration du cadre de vie des parisiens car les vraies échéances, hors la lutte contre les pollutions urbaines, ne sont pas prises en compte dans l’aménagement du territoire. Les grands défis figurent pourtant dans le Plan Climat qui promet d’agir sur les effets du  changement climatique et en faveur de la biodiversité.

 Or, il est impossible d’atteindre la neutralité carbone en 2050 et de conserver une ville vivable sur le plan climatique  en continuant à densifier, à bétonner les espaces libres et à faire croire que la végétalisation du bâti pèsera  dans la compensation carbone. Celle-ci ne pourra être atteinte qu’en externalisant massivement la production d’énergie et la reforestation extra-muros, ce qui ne procurera aucun bénéfice direct aux Parisiens.

Le nouvelle donne s’inscrit dans le cadre d’une petite révolution copernicienne qui consiste à remettre la qualité de vie des Parisiens au centre de la politique d’urbanisme, en mettant à profit la fenêtre de décompression qu’offre l’aménagement de l’espace métropolitain. Il faut y réfléchir, la concurrence n’étant pas de mise avec la Métropole, ce sera  du « gagnant-gagnant ».

On peut esquisser quelques axes de réflexion pour un  Paris bioclimatique et « renaturé » qui pourraient nourrir le futur PLUi, inscrit dans le nouveau cadre réglementaire de la métropole.

Le Plan Climat de Paris peut inspirer cet exercice puisqu’il coche toutes les cases de la transition écologique, permettant ainsi d’orienter la réflexion collective sur :

  • un corpus de règles de densités et de hauteurs de construction adaptées au paysage urbain et suffisamment stables pour contrarier les projets dérogatoires, en particulier les surélévations des bâtiments existants et les tours,
  • des mesures renforcées pour stabiliser la densité et pour protéger les espaces libres,  les infrastructures ferrées et les friches industrielles non bâties de l’urbanisation,
  • des mesures pour installer durablement des techniques permettant de lutter contre l’imperméabilisation des sols naturels ou artificiels, voire de restaurer leur perméabilité,
  • des actions d’accompagnement pour la résilience bioclimatique du tissu urbain, le renforcement végétal des espaces naturels publics et privés (cœurs d’îlots), la plantation des îlots de chaleur urbain (ICU).
  • l’accélération de la campagne de rénovation thermique du bâti avec de nouveaux outils, en particulier pour les copropriétés, excluant les projets spéculatifs,
  • des mesures spécifiques pour replanter les quartiers d’habitat social hyper-denses,
  • la relance de projets d’écoquartiers en lieu et place des grandes opérations sur dalles.

Il faut accélérer, les rapports  des instances du climat (GIEC, ONU) se succèdent, les métropoles sont en première ligne. C’est déjà leur premier défi de gouvernance.

  Emmanuel Leguy  – Ada13

 

 

 

 

 

Projet d’aménagement BÉDIER – OUDINÉ

calendrier aménagement Bédier-Oudiné-2

C’est un projet de rénovation urbaine : projet NPNRU (nouveau programme national de Renouvellement Urbain).

Le secteur élargi Bédier-Boutroux a été retenu par l’État comme projet d’intérêt régional dans une partie du 13°sud-est.

Les objectifs de ce projet urbain :

  • Désenclaver le quartier par la création de nouvelles voies publiques et favoriser l’articulation et les liens avec les quartiers voisins.
  • Rénover les équipements publics: crèche, centre d’animation, école Franc-Nohain, terrains de sport…
  • Renforcer la mixité sociale par la création de logements intermédiaires et/ ou en accès à la propriété.
  • Implanter des activités économiques et des commerces en rez-de-chaussée sur la rue.
  • Développer les possibilités d’emploi local.
  • Renforcer le potentiel paysager existant et la végétalisation.

Concertation avec les habitants :

Il a fallu de nombreuses rencontres pour réorganiser ces deux quartiers et pour faire comprendre l’intérêt de démolir les deux « barres » existantes afin de supprimer la sensation de « cité fermée »…

Pour organiser le relogement des locataires, une charte sera signée par le bailleur. Elle garantira les procédures de relogement. Il y aura une enquête sociale et un travail avec chaque locataire.

Dès le 1er trimestre 2019, auront lieu les négociations et les consultations sur les mutations souhaitées, avec signature de la charte pour chacun.

Il est souhaitable que se constitue une association de locataires. Représentant collectivement les habitants concernés, et faisant le lien entre eux, cette association permettrait la prise en charge des situations particulières (personnes âgées, handicapées…).

À BÉDIER, un architecte coordinateur sera désigné pour dessiner le projet urbain définitif.

À OUDINÉ, des concours d’architecture permettront de créer les différents bâtiments et les espaces publics.

              Chantal Riou

Calendrier des travaux :

  • Études urbaines, concours d’architectes Fin 2019 – Été 2022
  • Fin des travaux d’aménagement des espaces publics… : 2029.

calendrier aménagement Bédier-Oudiné-1 Lire sur le site de la concertation : https://www.api-site.paris.fr/paris/public/2018%2F10%2FBedier%20Oudine%20expo%2020181127.pdf

Un avis, une question ? écrire à concertationbedieroudine@imaginons.paris

Street art ou peinture murale ?

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Conor Harrington, Étreinte et lutte, 85 bd Vincent-Auriol

Pourquoi peindre sur des murs « aveugles » ? Ou sur des surfaces extérieures aux habitations ? Que peindre, que représenter ? Il y eut des scènes religieuses en Italie, représentant par exemple une annonciation ou des personnages voulant apparaître comme des passants de la rue, des anonymes qui demandent à être reconnus comme des humains aux États-Unis, ou des manifestants qui annoncent une lutte au Mexique. Dans ces trois pays on a vu des mises en scène d’un groupe plus ou moins rassemblé autour d’un chef : ce fut le cas dans  des régions dites de l’Est pendant la guerre froide. Ou c’est la célébration du chef de l’État : je pense à la Chine, à la Corée du Nord…

À Paris, rien de cela. Quelques scènes plus ou moins légères, qui venaient recouvrir un mur « libéré » par la destruction d’habitations adjacentes, il y a trente ou quarante ans … (rue Clisson) ou quelques peintures « sauvages » éphémères dans des quartiers appelés à être réaménagés… Et, depuis quelques temps, une prolifération d’images surfaces apparaissent sur des murs d’immeubles publics,  souvent non prévus à cet effet par les architectes. Voire même une densification tendant à saturation dans le quartier du boulevard Vincent-Auriol.

Ces productions interrogent sur la « qualité artistique » d’elles-mêmes, c’est-à-dire sur leur place dans la ville et sur leur iconicité. Si l’on considère qu’une ville doit respirer comme une musique donnant des sons qui ont un sens par rapport à des silences, comme une peinture de chevalet  qui joue sur les pleins et les vides, ne faut-il pas s’interroger sur la densité visuelle qui impose un trop grand nombre de peintures, d’autant plus que l’espace vide au sol est de faible dimension ?

Une deuxième question s’impose aussi, concernant l’iconographie de la plupart de ces peintures, de ces objets. Jean Baudrillard écrit dans Le Système des objets : « derrière chaque objet réel, il y a un objet rêvé, écrit ». Pourquoi s’agit-il souvent d’immenses portraits, immenses par rapport à la taille des habitants, des passants ? Un habitant, très connaisseur des pays de l’Est et des « dictatures » d’Asie me disait qu’il n’y a que dans ces pays que l’on impose des images gigantesques aux citoyens. Sans reprendre complètement cette opinion, je pense que la taille des figures humaines a du sens par rapport aux Parisiens. Alors, quel rêve ? Quel sens ? Est-ce le symbole d’un pouvoir qui se voudrait plus grand ou la décoration-collection d’un magasin trop fourni ?

Jean-François Einhorn

Entre le lion et la licorne : le mur qui réunit

Utopies locales et laboratoire social : l’exemple du 13e arrondissement de Paris. Extrait de l’article d’Anne Raulin paru dans L’Année sociologique, 2008/1 (Vol. 58).

Le projet pluriculturel de la paroisse [Saint-Hippolyte] ne voulait pas se limiter aux seuls arrivants du Sud-Est asiatique. Elle chercha à fédérer l’ensemble des cultures présentes sur son territoire en lançant une idée de mur peint sur la façade extérieure des bâtiments de la paroisse, et en faisant appel à toutes les contributions disponibles dans le quartier. Des ateliers de créativité furent mis en place, les écoles furent appelées à participer à un concours de dessin. Il s’agissait de représenter l’imaginaire collectif du quartier, « animaux mythiques issus du fond des mémoires, tronc commun de nos multiples cultures » (documents paroissiaux). Le thème du mur, en réalité mur pignon de la paroisse, fut décliné en fonction de ce projet de rassemblement des cultures : « Les cultures font le mur », « Tu seras le mur de la mémoire des hommes, de la mémoire du monde, le mur de la rencontre […] Je veux fixer la mémoire de demain », « Finis les murs de la séparation, le mur peint va vous réunir », telles étaient les formules qui accompagnèrent la réalisation, d’inspiration quelque peu chagallienne, de ce mur en 1988. La mobilisation et l’organisation de la « fête du premier coup de pinceau » inaugurée par Harlem Désir ,ancien élève du lycée Claude-Monet et ancien du quartier, furent, semble-t-il, exemplaires. Elles impliquèrent la participation de groupes fort divers : conteurs et musiciens togolais, orchestre portugais, femmes clowns, cracheurs de feu, lions asiatiques, buffets multiculinaires… Une licorne de 7 m de long fut transportée de la région de Montargis, apportant avec elle une caution mythique à l’événement. L’association AVRIL 13 ne manqua pas de lancer une campagne de sensibilisation, d’inviter la presse et les officiels…

mur peint st Hippolyte

Le point de vue d’une habitante du treizième sur le street art

Mon avis : il est dubitatif. Quel est l’intérêt de décorer un pan de mur qui a été pensé nu par un architecte compétent ? L’effet géométrique dans l’espace de ces grands pans de mur est complètement perdu ; je ne vois pas. Autant je suis favorable à des œuvres cache-misère sur des pans de mur abandonnés et disgraciés (pignons pas conçus pour être vus ou panneaux-caches de chantier), autant je suis défavorable à ces “œuvres”.  La surface qu’elles occupent les rend beaucoup plus agressives que la moindre publicité sur panneaux ou abribus. Une fois ça va ; tous les jours, bonjour les dégâts.

Par exemple, je vais assez souvent sur la placette près du métro Nationale et je suis lassée d’y voir le visage exagérément agrandi de Pinel. Il n’est pas photogénique et de plus, rien dans sa physionomie ne rappelle le rôle qu’il a pu jouer dans la vie et dans son siècle. Quant au visage de femme qui lui fait pendant : qui est ce ? que fait-elle là ? Est-elle sensée être une “aliénée” qui a bénéficié de ses soins ?

Jorge Rodriguez-Gerada – place Philippe Pinel – Paris 13

Bien qu’élevée dans l’admiration des murs dénudés des églises romanes – de mise dans les années ’40 et ’50, je ne suis pas pour l’imposer à nos contemporains ni à notre environnement. Au contraire, les photos des murs très colorés par des publicités murales au XIXème siècle me plaisent bien (voir en bas de la rue Mouffetard) et je garde un excellent souvenir des pignons parisiens de mon enfance, couverts de réclames peintes pour des produits de beauté, cirages ou autres disparus. J’aime en retrouver un au hasard, un peu effacé mais encore reconnaissable comme celui de l’avenue des Gobelins. J’y préférais toutefois les affiches ; elles présentaient l’avantage de changer souvent (Ah ! la campagne Garap, ah ! les « ronds rouges” annonçant la campagne pour Total).

Alors une fresque qui présente démesurément agrandie, une sorte d’héroïne de bande dessinée vaguement fantastique – dont on ne connaît pas l’histoire – pourquoi faire ? Un profil de chat bleu, copie exacte d’une fresque qui orne déjà une ville tunisienne (qui a copié ?), pourquoi ?

(Texte écrit en juillet 2017)

Street Art : le point de vue d’un plasticien

DSC01639Sous le boulevard du Général Jean Simon

L’art qui invente, néologisme, choque. Toujours, en Occident. Rappelons-nous l’Olympia d’Édouard Manet (1865), Impressions soleil levant de Claude Monet (1872). Les « barbouilleurs » disaient les défenseurs de l’art officiel. Les artistes fauves étaient comparés à des « sauvages ». Le cubisme, contre le point de vue unique. Le dadaïsme comme  refus des valeurs de société dont le moteur est la guerre…

Le Street Art ? : « l’épuisement des possibles sociétaux, la disparition des opportunités classiques d’épanouissement » écrit Codex Urbanus (2018). Une expression de minorités délaissées, en Amérique à l’origine. Alors, ce qu’on voit sur les murs des propriétés de la Ville de Paris, c’est un travail officiel, académique. Ce n’est pas en peignant en grand à l’extérieur, et parce que les techniques industrielles le permettent aujourd’hui, que l’on pourra parler d’art.

La récupération des inventions artistiques par les pouvoirs, quels qu’ils soient, qui veulent « faire jeune », épuise le sens de l’art. Ce n’est plus de l’art. C’est devenu trop souvent un vernis pour des pouvoirs  qui ne sont plus mus par les inventions nécessaires à la vie de société.

Codex Urbanus écrit : « le street art ne peut exister qu’illégalement » dans Pourquoi l’art est dans la rue ?, Grenoble, critères éditions, 2018.

François Moulin, avril 2018

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Sur le boulevard du Général Jean Simon

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Rue Barrault

 

Des tours, Paris prend garde !

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Avant-propos : il est question ici de tours, c’est-à-dire de constructions en hauteur. Il  ne sera fait aucune distinction entre tours et IGH, la seule chose qui importe est la relation d’échelle. Ainsi, on mettrait sur le même plan une tour de 100 mètres dans un champ de colza et un IGH émergeant des toits d’une ville moyenne. Juger si c’est acceptable est une autre question…


37, un nombre d’or ?

Sur Paris, c’est actuellement la hauteur maximum autorisée par le PLU pour les constructions. Ceci sauf pour les zones de plafond élevé, précisées sur le Plan des Hauteurs.Je me suis livré à un petit exercice de nivellement très élémentaire sur le relief du site parisien. Le cœur de Paris, symbolisé par le niveau de Notre-Dame émarge à la cote 35 NGF. Tandis que le point le plus haut, sur la Butte Montmartre, émerge à la cote 125 NGF. Ces valeurs sont arrondies, ce sont les  cotes naturelles du site et leur moyenne géométrique est à 90 NGF.  Cette hauteur, exprimée en mètres, suggèrerait que la bonne hauteur moyenne pour construire des immeubles, respectueux du relief, se situerait autour de 45 mètres. Soit environ  2 étages de plus que le plafond ultime  autorisé. Ça ne prouve rien, mais c’est troublant.

Deux autres paramètres ne doivent rien au hasard. Entre R+6 et R+12, c’est- à dire en gros entre 21 et 37 m se situe une limite très humaine qui est celle de la montée sans ascenseur. Haussmann l’avait parfaitement appréhendée, pour le petit peuple des mansardes. Enfin, une coupe en travers d’une avenue parisienne démontre, sans commentaire, qu’on se situe ainsi à l’échelle de l’arbre.  Euclide a mis du temps pour affiner son  nombre d’or, les bâtisseurs de Paris auraient-t-ils au fil du temps trouvé le leur?  De cette nappe de toits émergent les plus beaux monuments parisiens, ce qui fait sens. Pourquoi perturber cet équilibre historique, pour quels enjeux ?

Une brève histoire des tours.

L’archétype est Manhattan puissant et superbe bouquets d’IGH. Pour un urbaniste, donc pour moi, c’est le symbole d’un urbanisme pionnier : une armature urbaine de type « grille-pain », orthogonale, sur laquelle on a greffé de hautes tours plus ou moins enchevêtrées, ordonnées par une « skyline », figure de style assez floue… Ce modèle basique est efficace.  Il l’est surtout parce qu’il exprime la puissance et constitue une formidable vitrine urbaine, exposée aux yeux du monde.

Ce modèle a inspiré La Défense dans les années soixante. Il exprime à plus petite échelle la même chose, la volonté d’afficher le renouveau de l’économie, avec l’État aux manettes. Ce fut  une vraie réussite, mais on oublie que s’exposeront  ainsi, face à Paris, les futures multinationales qui donneront leur identité aux tours. Elles auront  pour nom, Elf, le Crédit Lyonnais, le GAN, la Générale des Eaux… qui n’hésiteront pas à y  construire leur siège. Ce modèle-vitrine se perpétuera dès l’ouverture du périphérique. Il prendra une forme plus ouverte aux innovations  formelles, avec de grands noms de l’architecture, en Front de Seine. La sombre stèle de Montparnasse sera un accident de l’histoire…

Juste un mot sur une opération qui a marqué le paysage du Treizième, les Olympiades. Elle vient de fêter ses quarante ans. Elle est à peu près contemporaine des villes nouvelles, avec un fort parti de typo-morphologie urbaine caractérisée par le souci de bâtir sur dalle isolée de la circulation automobile. Les tours de 100 mètres habitées rétablissent une densité décente, elles offrent des appartements vastes et de qualité, à condition de pouvoir payer les charges. Quels que soient les atouts de ce modèle urbain, sophistiqué et multifonctionnel, sa survie pose d’énormes problèmes. Seule la ville nouvelle d’Evry a osé timidement le casser pour finalement tenter de s’adapter.

 Ce qui ressort ce bref tour d’horizon c’est que pour un urbaniste la tour, qu’elle soit occupée ou habitée, est une composante urbaine et une solution architecturale difficile à manier. Parce que fonctionnellement et morphologiquement c’est un « silo », d’une mixité factice, qui ne s’impose que dans des contextes précis et raisonnés (extensions pionnières, quartiers d’affaires, urbanisme de dalles…). Qui n’ont pas tous le même intérêt…

Une histoire de pyramide 

Le marché du tertiaire, qui nourrit pour l’essentiel les modèles de surdensité, autrement dit les tours, a depuis quelque temps des caractéristiques dynamiques de fonctionnement analogues à la célèbre pyramide de Ponzi. L’original est un mode de « gestion » frauduleux d’actifs financiers dans lequel les derniers arrivants dans le fonds d’investissement financent les revenus d’épargne, totalement fictifs, de l’ensemble des porteurs de titres. Le montage s’écroule lorsque la collecte est insuffisante pour rémunérer tout le monde, les actifs s’étant évaporés entretemps. Le système s’alimente par le haut et s’effrite par le bas.

Le marché de l’immobilier d’entreprise, lui  parfaitement légal, fonctionne sur l’agglomération  parisienne sur le même schéma. Le parc de bureaux en blanc livré chaque année (autour d’un million  de m² par an) alimente le marché par le haut et déclasse le parc  plus ancien, souvent intimement intégré dans le tissu urbain. Celui-ci ne s’écroule pas vraiment mais il ne lutte pas à armes égales : pas assez câblé, pas assez modulable, souvent enclavé et moins bien situé sur les nœuds d’infrastructures…Dans ce contexte, construire des tours de bureaux sur Paris, qui bénéficie d’un fort effet d’aubaine, c’est accroître ce déséquilibre concurrentiel. Le vrai gisement d’emplois d’avenir vit bien la mixité de la trame ancienne, en constante mutation. Est-ce encore  une cible prioritaire ? Alors pourquoi Paris, qui mise intelligemment sur son image de capitale des incubateurs de start-ups et autres fablabs, symboles de la nouvelle économie (décentralisée, collaborative, fertilisante), accepterait-elle ces encombrants édifices qui n’incarnent même plus le progrès ?

Il y a plus grave, ce « marché du lourd » qu’on le veuille ou non va s’éclater dans les quinze prochaines années sur les interconnexions du Grand Paris Express, c’est déjà en cours. Et la marée tertiaire risque de refluer vers la périphérie, ce serait par parenthèse  le signe d’un rééquilibrage bienvenu du taux d’emploi… Hors La Défense, intimement liée à Paris, les tours intra-muros resteront-elles dans le marché devenu très fluide ? J’en doute fort personnellement et, en tant qu’urbaniste, je déconseillerai d’en prendre le risque.

La vraie nature des tours

Les tours de bureaux, avant d’être des éléments architecturaux sont des produits financiers, comme les autres. En  moins risqué que les produits de taux et à beaucoup moins long terme qu’on l’imagine. Le trio promoteur / investisseur / architecte est à la manœuvre. Certes, au départ il faut du foncier, mais l’aménageur, généralement une SEM, n’est pas forcément partisan de ce genre de forme urbaine. Cependant, elle peut lui sauver la mise dans des « queues de programme » ou dans des sites scabreux où la commercialisation des sols viabilisés n’offre pas trop d’opportunités. Les tours défient l’environnement, elles sont sourdes, inertes et climatisées. Si on oublie le paysage le problème majeur est en pied d’immeuble, l’idéal est de l’ancrer dans une dalle. Vieille recette !

 Mais c’est le trio qui y trouve le meilleur compte. Le promoteur, généralement spécialisé n’a par définition pas d’état d’âme sur la localisation des édifices, hors leur désenclavement. De toute façon il ne finalisera son montage que lorsqu’il aura pré-commercialisé la plupart des mètres carrés. L’investisseur, s’il est chinois, hésitera peut-être entre 30 hectares de grand cru et un produit immobilier. Si c’est un fonds de pension ou un institutionnel, il n’hésitera pas une seconde : Paris est une marque, le produit est du solide et il sort de terre en trois ans après la signature. Les entreprises  qui ont maintenant des stratégies immobilières, gérées comme des actifs, se mettent également sur le marché immobilier, devenu de plus en plus spéculatif.

Quant à l’architecte, généralement de renom, il y voit la meilleure expression de son art de construire, souvent avec une image en tête. Le problème de l’intégration de son architecture dans l’environnement est toujours soluble puisque, d’une certaine manière, il ne s’adapte pas au contexte, il le recrée. Si on lui demande de concevoir une tour écologique, il fera appel à l’ingénierie nécessaire pour verdir son projet. Celui-ci armé d’une BIM factory pourra facilement simuler les adaptations formelles – échancrures, écrêtements partiels, torsion – des édifices, permettant d’y intégrer du végétal. Les données numériques traduiront une faible diminution de l’empreinte carbone, mais le résultat sera visible. D’autant que la visualisation en 3D sera irrésistible, dans une lumière irréelle.

La démarche de l’architecte, dernier maillon de la chaine, n’est absolument pas critiquable, sauf s’il projette trop haut son ego ; il est dans son rôle et l’art de construire a esthétiquement évolué. Mais c’est aux décideurs de résister quand il le faut à l’attrait des totems siglés. Paris peut tenir son rang sans ces artefacts. Le fond du problème réside dans la tentation perpétuelle d’adapter le droit des sols, déjà  permissif. En urbanisme, il faut toujours faire des choix et garder un cap fort et clair.

Je conclurai brièvement, il n’est pas utile d’en rajouter. Les tours ne sont pas à leur place à Paris, par respect pour le contexte environnemental et parce qu’elles ne font plus sens. J’ai l’intuition que la majorité des Parisiens partagent cet avis et ont une autre perception de la modernité. Ça mériterait qu’on le vérifie.


Postface : une mise au point s’impose. Pour un urbaniste être contre les tours en tant que forme urbaine, donc composante de la ville, serait une sottise. L’avenir des tours, si j’ose dire, est radieux. Il suffit de penser à l’Afrique, qui va doubler sa population en trente ans, probablement tripler le nombre d’urbains. J’ai initié en leur temps des extensions urbaines d’Abidjan, il y a des tours.

Emmanuel LEGUY, Urbaniste Environnementaliste

20 février 2018

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Les avatars des vélos en libre service (VLS)

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Les vélos en libre-service (VLS) ne semblent pas très appréciés dans mon quartier de la Place de l’Abbé-Hénocque. Les dégradations ont commencé sur les petits vélos verts, les Gobee,et uniquement ceux-ci. Maintenant tout y passe, avec la même technique, arrachage ou section des rayons. Vandalisme ou protestation?

Emmanuel Leguy

Projet de baignade du Lac Daumesnil (avis Emmanuel Leguy)

iqFULyYaPWTXPlR-800x450-noPadLa mairie de Paris annonce une baignade « écologique » sur le lac Daumesnil, au cœur du bois de Vincennes, avec une plage sur l’île de Bercy. Ce lieu, peuplé d’oiseaux et  classé zone naturelle,  est  un réservoir de biodiversité, une immense bouffée d’oxygène, un lieu ouvert à tous dans la capitale et un paradis pour les promeneurs.

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Ceci est la position personnelle, pour l’enquête publique, que je développerai sur le registre.

Elle s’inspire de la position que j’ai toujours défendue en matière d’urbanisme, et qui se résume en peu de mots : «  une espace naturel protégé est inaliénable, sauf cas de force majeure ». Ce n’est pas ce que dit la loi, encore moins ce que pensent des élus qui font plutôt appel à l’utilité publique. Mais, si  je n’avais pas pensé cela, j’aurais abandonné ce métier.

Dès lors, ma position sur ce projet se résume facilement « je ne suis pas contre ce projet, mais contre sa localisation ».

Je suis opposé à cet aménagement  localisé abusivement sur le Lac Daumesnil, pour trois raisons:

1/ je suis contre l’implantation sur ce site au motif qu’elle est doublement  inappropriée « parce qu’elle conduit à un déclassement abusif de cette partie du lac et parce qu’elle la soustrait à l’écosystème naturel ». On pourrait ajouter qu’elle  perturbe définitivement celui-ci, ce qui serait scientifiquement plaidable dans le cadre d’une étude d’impact sincère.

Je m’interdirai toute argumentation technique sur le projet puisqu’il est pour moi non avenu.

Je m’appuierai sur l’argumentaire développé à propos  des aspects historiques, paysagers et écologiques, par la Commission des sites qui a émis un avis défavorable.

2 /  l’étude d’impact (pour peu que je puisse  y accéder) est orientée et insincère car elle omet d’étudier et d’évoquer des variantes.  L’étude de conformité de la DRIEE le mentionne, parmi d’autres arguments techniques, mineurs, qui ne sont pas dans mon propos. (1)

Je m’appuierai sur les arguments développés dans ce document.

3 / la publication de l’appel d’offres, avec ouverture des plis un mois seulement avant l’enquête publique, nuit gravement à l’éthique de la concertation et décrédibilise la démarche. Le chantier étant programmé en mai, il s’agit clairement d’un passage en force.

Suivent les mentions  légales de dépôt.

  • NDLR :

Orientée : les études d’impact le sont toujours puisque ce sont les Maîtres d’ouvrage qui les financent, mais là c’est trop flagrant.

Emmanuel Leguy, le 31 janvier 2018

Il faut préserver le patrimoine du square de Choisy

En plus d’être une oasis de verdure au milieu des tours et des barres, le square de Choisy est un lieu de culture attractif. La plus récente réalisation, qui a donné à ces lieux un coup de jeune, a été initiée par le conseil de quartier n° 5. ll a été installé; sous le préau du parc, une mosaïque belle et colorée, fruit du travail collectif d’enfants de l’école Vandrezanne, de leurs enseignants et d’une mosaïste professionnelle.

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La renommée du parc dépasse le cadre du 13e arrondissement en raison des événements et des manifestations qui se déroulent dans ce parc depuis sa création en 1937. Pourtant, parfois, s’élèvent de vives controverses qui portent souvent sur la sauvegarde du patrimoine local :

  • À la fin des années 1990, la Ville de Paris avait décidé de raser l’îlot de 3 700 m² qui se trouvait à l’angle de l’avenue de Choisy et de la rue du Dr Magnan. Selon un contrat, signé avec la Fondation Eastman en 1934, il avait été en effet prévu que ce terrain servirait de réserve pour, à terme, agrandir le parc. L’ensemble qui n’était plus entretenu par la Ville se dégradait, mais cet îlot était un des rares témoignages du passé, avec ses bâtisses construites sur le territoire d’Ivry avant le rattachement de 1860, ses écuries, ses ateliers d’artisans et d’artistes. Ce projet satisfaisait ceux qui voulaient verdir davantage. Par contre, les habitants, très attachés aux lieux, se sont mobilisés autour d’un artiste, Jean-Paul Couturier, qui avait un contre-projet intéressant : ouverture de l’îlot sur le parc, écomusée, jardin partagé… Après un long combat, ils ont obtenu la réhabilitation d’une partie de l’îlot, mais le reste a été démoli, et des bâtiments modernes ont été construits à partir de 2007. Le confort a été fortement amélioré, mais l’ensemble s’est banalisé, l’esprit des lieux s’est perdu.
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  • Un autre débat a opposé les partisans et adversaires de Clara-Clara, la sculpture qui a été installée un moment sur la pelouse du parc. Le maire, Jacques Toubon, voulait que le 13e arrondissement, oublié parce que périphérique, soit doté d’une œuvre d’art contemporain, celle créée par Richard Serra, sculpteur de renommée internationale. Cette installation, intervenue en 1985, s’accompagnait d’une réhabilitation du parc. De nombreux habitants et des associations ont protesté, décrétant que cette sculpture était encombrante, disgracieuse. Elle a donc été enlevée en 1990. Elle a connu ensuite bien des péripéties, avant de se retrouver en disgrâce dans un entrepôt de banlieue. Mais tous ne l’ont pas oubliée. Les amateurs d’art déplorent que le 13e ait ainsi été privé d’une œuvre de qualité qui contribuait à son rayonnement culturel. Certains rêvent d’un retour parmi nous de cette chère Clara-Clara et ils envisagent même de la réinstaller : pourquoi pas au square Kellermann où il y a de l’espace ?
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Clara-Clara 2
  • Actuellement, c’est autour du devenir de l’Institut Eastman que le débat se mène. De nombreux habitants y sont attachés parce que ce lieu est pour eux un souvenir et le symbole d’une action philanthropique remarquable. Pour d’autres, l’élégant bâtiment qui surplombe le parc n’est pas entretenu, paraît à l’abandon et ressemble au château de la Belle au bois dormant. Cela ne veut pas dire qu’il ne s’y passe rien, car des activités y subsistent. Et pourtant, pour des raisons financières, la Ville veut se défaire de cet institut dans le cadre du projet Réinventer Paris et délocaliser les travailleurs qui l’occupent. La destination qui serait donnée aux locaux n’est pas assurée. S’ils passent au privé, pour une reconversion ne correspondant pas aux objectifs d’action humanitaire et sociale, définis au départ par la Fondation Eastman, ce sera une perte pour le patrimoine de notre arrondissement et un abandon de l’engagement de la Ville en matière de service public. La vie de notre parc ne sera plus la même !

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Le parc de Choisy fête ses 80 ans

espaces vertsLe parc de Choisy est un des plus vastes et des plus anciens jardins publics du 13e. Il a été aménagé en 1937, sur un terrain occupé auparavant par une usine qui fabriquait du gaz d’éclairage. Sur ce même terrain, à la même date, a été construit par Edouard Crevel, architecte de la Ville de Paris, l’Institut dentaire George-Eastman. L’Institut domine le parc dans lequel il est complètement intégré. De l’autre côté du square, a été édifié toujours sur la même parcelle le lycée Claude-Monet, dont la construction n’a été achevée qu’en 1955.

Roger Lardat, qui a dessiné le parc, s’est inspiré de l’art nouveau : classicisme du plan en croix, avec au centre un bassin, édicules, végétation variée et composée.  Blotti  entre les tours et les barres des Olympiades et celles du centre Italie, le parc de Choisy offre une respiration appréciable dans un tissu urbain particulièrement dense. On y trouve une belle végétation, c’est un jardin de proximité, un lieu de détente et un point de rencontre. Il est bien entretenu par une équipe de jardiniers très actifs.

Au fil des années, la composition d’origine a été conservée mais les équipements ont été diversifiés et modernisés pour répondre à l’évolution des besoins d’un public varié : habitants, lycéens de Claude-Monet, étudiants, travailleurs. Les usages du parc sont multiples : certains le traversent rapidement, d’autres s’y promènent ou s’y posent, à la recherche de verdure et de calme. La pelouse centrale, aujourd’hui libre d’accès, accueille de nombreux jeunes venus s’y détendre, s’y restaurer, converser. Les bancs et la buvette sont d’autres étapes pour les promeneurs, les lecteurs ou les amateurs de nature et de calme. Les petits fréquentent les aires de jeux, le manège, Guignol ; les plus grands utilisent la piste de rollers, la table de ping-pong, le baby-foot, le terrain de basket. Un jardin partagé propose un lopin de terre aux riverains. Le théâtre de verdure est le lieu où se déroulent des fêtes et des manifestations culturelles, qui attirent un public plus large. Enfin le parc est un lieu de mémoire avec l’évocation de la Révolution française et l’hommage aux victimes  de violences (enfants juifs, Rwanda).

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Impressions de Bruneseau nord

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Nous partons de la maison des projets de la Semapa, quai Panhard et Levassor et passons sous le pont national. Sur le quai d’Ivry, une station de service, des cimenteries, des entrepôts de matériaux bouchent la vue sur la Seine ; des camions bruyants s’activent. Un grand escalier descend du boulevard Jean Simon qui a été civilisé. Il annonce les immeubles d’habitation à venir jusqu’à la rue Jean-Baptiste Berlier et les premiers contreforts du périphérique : un immeuble en bois de logements privés, un immeuble de logements locatifs intermédiaires et deux résidences étudiantes.

De l’autre côté de la rue Berlier, nous entrons dans la zone de l’appel à projets. Toujours beaucoup de bruit. Vraiment peu d’espace entre la rue Berlier et les bretelles du périphérique. Mais l’immeuble à construire là protégera peut-être les logements et leur petit jardin des nuisances du périphérique.

Nous passons sous le périphérique. Du bruit toujours et des camions. On ne peut pas se parler sans élever la voix. Nous longeons une parcelle qui devra être aménagée en gardant les bâtiments existants : un immeuble des années 50 à l’architecture brutale et bien dessinée regardant vers la Seine et une résidence étudiante le long de la rue Bruneseau. Il ne reste plus grand-chose pour mettre les m² à programmer.

Il n’est pas possible de s’approcher du reste de la zone de l’appel à projets entre les bretelles du périphérique en construction et la rue Jean-Baptiste Berlier également en construction. Nous partons donc explorer l’environnement immédiat, la zone d’activités économiques d’Ivry par la rue François Mitterrand. Nous ne trouvons que des entrées de parkings pour Leroy Merlin, Baktor (qui arrête ses activités), un garage, de grands entrepôts de marchandises, le Syctom et de nombreux gros camions manœuvrent pour y entrer ou en sortir. Personne sur les trottoirs. Difficile de traverser la rue.

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Nous empruntons la rue Victor Hugo jusqu’au pont sur les voies ferrées. Belle vue sur les constructions industrielles et les haubans du périphériques mais l’autre rive nous paraît trop loin pour que nous franchisions les voies.

En reprenant la rue François Mitterrand de l’autre côté de la rue Victor Hugo nous rencontrons des piétons sur les trottoirs bordés maintenant d’habitations dont deux immeubles en construction pour loger les auto-entrepreneurs de la station F (halle Freyssinet). C’est l’heure de la sortie des écoles. Rue Jules Vanzuppe, nous longeons le centre commercial Grand Ciel. Nous continuons jusqu’au quai Marcel Boyer. Celui-ci a été civilisé : élargissement de la voie, terreplein central, requalification des bâtiments des activités sur la Seine qui laissent deviner le fleuve, limitation de la vitesse.

Nous remontons par la rue Bruneseau, constatons le démarrage des travaux sur la parcelle des tours Duo. Nous nous arrêtons rue J.A. de Baïf face à la percée sous la petite ceinture d’un premier tunnel duquel nous voyons le boulevard Jean Simon sous lequel un deuxième tunnel devra être creusé et nous pouvons imaginer qu’au-delà, ce seront le périphérique et ses bretelles qui seront percés de tunnels. L’allée Paris Ivry, la grande rue commerçante de Bruneseau nord, les empruntera tous et conduira à la zone d’activités économiques d’Ivry. Et alors la ZAC Paris Rive Gauche sera terminée.

Pourquoi détruire une zone de grande activité qui semble avoir sa raison d’être au bord du périphérique et de la Seine, en liaison avec Ivry ? Pourquoi ne pas la renforcer et en même temps, comme à Ivry, l’apaiser ?

Françoise Samain

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À la découverte du secteur Bruneseau Nord

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La maquette, exposée par la Semapa dans ses nouveaux locaux de la Maison des projets, apporte un plus par rapport aux plans, en donnant les volumes, en insérant le territoire de l’opération PRG dans son contexte, en mettant en évidence les infrastructures de transport et les liens avec le centre de Paris, avec le 12e, avec Ivry. Cependant, rien ne vaut une visite sur place  qui nous plonge en direct dans le contexte.

Côté Paris, on voit des ouvriers de chantier,  mais ni habitants ni promeneurs. Seuls d’énormes camions manœuvrent et les voitures circulant sur le quai donnent l’impression de vouloir s’éloigner au plus vite. On comprend pourquoi on n’a pas envie de venir dans ces lieux ingrats. On remarque  immédiatement que le site est enserré par la Seine, le périphérique et les rails de chemin de fer. Cette localisation explique qu’on trouve ici essentiellement des activités de logistique, indispensables, mais peu attirantes. On se demande comment implanter logements, commerces et équipements sur de telles parcelles, exposées au bruit et à la pollution. On  nous dit que les quatre tours prévues feront écran mais cette protection sera-t-elle suffisante ? Si le terrain prévu pour les tours Duo est conséquent, on se demande aussi comment on pourra caser  les autres tours sur des parcelles aussi exigües. Les conditions d’installation d’un nouveau quartier de ville ne semblent pas réunies.

Côté Ivry, c’est aussi un secteur d’activités avec des entrepôts, des magasins comme Truffaut et Leroy-Merlin, Baktor, les cinémas Pathé, l’hypermarché carrefour, le Syctom désormais bordé par les ciments Calcia. Ici aussi, les piétons ne sont pas très nombreux  car les clients des commerces locaux, les spectateurs des cinémas, ne viennent qu’occasionnellement, et en voiture pour la plupart. Si on pénètre un peu plus dans Ivry, on finit par trouver des logements mais ni commerces ni équipements de proximité. Il y a bien l’immeuble Niel, destiné à loger les usagers de la station F, mais on peut craindre que ceux-ci ne soient pas incités à s’insérer dans un quartier peu attractif. Ils voudront probablement rejoindre au plus vite le quartier Chevaleret, et  ce sera surtout en deux-roues car la desserte par les transports en commun est insuffisante : on est loin des bus et des métros et  le tramway, plus proche, ne propose pas un trajet qui leur permette d’aller au travail.

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Il est prévu d’améliorer les liens entre le sud 13e et sa banlieue, par le percement de l’allée Paris-Ivry. L’idée est séduisante mais qu’en sera-t-il réellement ? Le parcours devant se faire en passant sous le boulevard Jean Simon, puis sous les bretelles et les voies du périphérique, il est indispensable d’assurer une insonorisation et une sécurité  efficaces. Pour que ça marche, il faut que les gens aient envie d’y aller pour circuler mais aussi pour s’attarder. Il ne semble pas judicieux d’installer les commerces traditionnels (habillement, parfumerie) que l’on trouve à proximité, à Plein Ciel, ou à Bercy. On pourrait prévoir un marché, des jeux et activités pour les enfants et les jeunes, des lieux de loisir et de culture, des bistrots sympathiques… Au départ de l’allée, côté Paris, on est en plein en territoire étudiant à côté de l’École d’architecture,  à proximité de l’université Paris-Diderot et pas trop loin de l’Inalco-Bulac. On a un moment surnommé cette nouvelle voie « l’allée des étudiants » et cela pourrait inspirer le choix des activités à y installer. Pour que le lien soit efficace, il faudrait aussi que le débouché côté Ivry donne envie d’y aller voir et qu’il contribue à désenclaver le secteur Bruneseau.

Brigitte Einhorn

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Réactualisation de la charte des usages du port de la Gare

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Une charte des usages du port de la Gare a été  signée en 2013 pour encourager les bonnes pratiques en termes d’hygiène, sécurité et cadre de vie et faciliter ainsi la cohabitation entre ceux qui gèrent les terrasses et péniches et les habitants. Il est indispensable d’empêcher les nuisances notamment au moment des périodes estivales, mais il faut aussi reconnaître que le quai de la Gare est un lieu attractif avec ses activités économiques et culturelles. Cet accord négocié,  entre les Ports de Paris,  la mairie du 13e et les riverains vient d’être réactualisé le 3 octobre : il a été étendu au 12e arrondissement qui est également concerné par cette volonté de bien vivre ensemble. L’expérience, malgré une saison 2015 compliquée, s’est révélée positive et pourrait être étendue par  l’établissement d’un dialogue constructif entre riverains et acteurs des quais de la Râpée et d’Austerlitz.

L’œuvre de Le Corbusier inscrite au patimoine mondial de l’Unesco

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17 oeuvres de Le Corbusier, réparties dans 7 pays, témoignant d’un nouveau langage architectural ont été inscrites par l’Unesco au patrimoine mondial. Ils témoignent  d’une « recherche patiente » menée sur un demi-siècle.

Ces œuvres sont, dans l’ordre chronologique :

  • les maisons La Roche et Jeanneret (1923) à Paris,
  • une villa au bord du lac Léman (1923) à Corseaux (Suisse),
  • la Cité Frugès (1924) à Pessac (Gironde),
  • la maison Guiette (1926) à Anvers ,
  • les maisons de la Weissenhof-Siedlung (1927) à Stuttgart
  • la villa Savoye et la loge du jardinier (1928) à Poissy,
  • l’immeuble Clarté (1930) à Genève,
  • l’immeuble locatif de la porte Molitor (1931) à Boulogne-Billancourt ,
  • l’Unité d’habitation (1945) « cité radieuse », Marseille,
  • la Manufacture (1946) à Saint-Dié-des-Vosges ,
  • la maison du docteur Curutchet (1949) à La Plata (Argentine),
  • la chapelle Notre-Dame-du-Haut (1950) à Ronchamp
  • le Cabanon de Le Corbusier (1951) à Roquebrune-Cap-Martin
  • le complexe du Capitole (1952) à Chandigarh
  • le couvent Sainte-Marie-de-la-Tourette (1953) à Eveux (Rhône),
  • le Musée national des beaux-arts de l’Occident (1955) à Taito-Ku (Japon)
  • et la Maison de la culture (1953) à Firminy.

À noter que les œuvres du patrimoine du 13e n’y sont pas représentées

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La Cité de refuge de l’Armée du salut : une histoire mouvementée

Immeuble Armée du Salut 2007 07Petit rappel à l’occasion de l’inauguration par le Président Hollande, le 23 juin 2016, de la Cité de refuge restaurée :

En 1933, en pleine crise économique et sociale, la Cité de refuge s’est implantée dans le 13e arrondissement, alors industriel et pauvre. Après le Palais du peuple (1926) et  l’asile flottant Louise-Catherine (1929), c’est le troisième et le plus important volet de la collaboration entre trois personnalités qui partagent les mêmes valeurs humanistes :

  • Albin et Blanche Peyron, commandeurs territoriaux de l’Armée du salut, sont à l’origine du projet social destiné à l’accueil des personnes en détresse, sans adresse, sans travail, qui ont besoin de retrouver leur dignité et de reprendre leur place dans la société.
  • Winaretta Singer, princesse de Polignac, soutient les artistes, finance le logement social (HBM de la rue de la Colonie) et les initiatives philanthropiques. Sensible  aux courants avant-gardistes de l’architecture, elle est mécène et marraine de ce projet (elle donne 3 millions de francs sur les 8 millions).
  • Le Corbusier et Pierre Jeanneret, qui appartiennent au mouvement architectural moderne voient en ce projet un moyen de mener une réflexion sur la dimension sociale de l’architecture et de l’urbanisme et d’appliquer les principes scientifiques et la technologie qui peuvent améliorer la qualité du bâtiment et le bien-être des résidents. C’est un des premiers projets d’envergure qu’ils réalisent et la première illustration du concept de cité-jardin verticale ou d’unité d’habitation incluant des espaces d’habitation, de travail, de loisir et d’éducation. L’abattement de 40% consenti sur leurs honoraires n’empêche pas un important dépassement financier.

Le terrain choisi est très difficile à aménager : dénivelé important entre la rue Cantagrel et la rue du Chevaleret, forme complexe de la parcelle, réglementation qui limite les hauteurs. Les architectes tirent parti  de la topographie des lieux, ce qui  relève de la prouesse technique : un accès dans chaque rue est prévu, le dénivelé est pallié par l’utilisation de pilotis et la création d’une rue intérieure au niveau bas. Le Corbusier voulait d’ailleurs faire de cet exercice d’adaptation d’un édifice à un programme et à un terrain un modèle destiné à structurer le tissu urbain environnant, accidenté donc difficile à aménager.

Deux ailes, une pour les hommes et l’autre pour les femmes, sont séparées au centre par les circulations verticales. Le bâtiment de 11 niveaux, évoquant l’architecture d’un paquebot, est en ciment armé, avec des planchers et poteaux en béton. La principale innovation est le mur de verre de 1 000 m²  hermétique, placé au sud devant les dortoirs de cinq étages. Il doit laisser pénétrer au maximum la lumière naturelle et réduire les déperditions de chaleur des ouvertures, créant un univers complètement clos, dit  « à respiration exacte » pour désigner l’air conditionné rendu ici indispensable. Le verre utilisé va du transparent au translucide, selon les points de vue. Le dégradé des vitrages en façade permet de lire les différentes fonctions des lieux. Rapidement, le mur rideau s’est révélé impraticable : la climatisation installée n’a pas fonctionné comme prévu, l’air circulait mal et devenait étouffant en été. En 1935, pour aérer, Le Corbusier a été contraint de renoncer au concept de mur hermétique et de percer des  ouvertures coulissantes destinées à l’aération..

Cette « usine du bien » est une véritable cité réunissant, au-delà de l’hébergement de 500 à 600 personnes, les différentes fonctions donnant aux résidents les moyens de se reconstruire : dortoirs, chambres pour mères célibataires, espaces de préparation et distribution des repas, ateliers de travail, lieux de formation et de culte, clubs pour hommes et pour femmes, une crèche, bureaux pour le personnel, sanitaires. Les services sont multiples : dispensaire, vestiaire du pauvre, soupe populaire. Les innovations techniques de l’époque améliorent l’hygiène et le bien-être physique, jugés prioritaires : système très moderne de chauffage et d’évacuation des extractions de cuisine, sols en pente faciles à lessiver, matériaux modernes (carreaux de céramique blanche, verre, acier, brique de verre Nevada). Les architectes veulent donner une image du rôle de la production industrielle. L’équipement est également moderne : ascenseurs, monte-charge, machines à café, chambres froides.

Au cours du XXe siècle plusieurs modifications interviennent :

– En 1948, Le Corbusier assure la restauration du bâtiment fortement dégradé pendant la guerre. Il remplace le pan de verre, soufflé par une bombe en 1944, par des brise-soleils en béton, comme à Marseille et Chandigarh. Des menuiseries en bois sont posées sur une allège qui n’est plus transparente mais maçonnée. Les chambres, devenues moins lumineuses, sont plus intimes et moins chaudes l’été. La façade est ensuite repeinte avec des couleurs rappelant le drapeau de l’Armée du salut : bleu outremer, ocre, rouge.

– En 1975, une nouvelle restauration, sous la direction de P Verrey, reprend la configuration de 1933, sauf pour les allèges On  installe un ouvrant dans la partie médiane des menuiseries en bois de 1952. La façade est repeinte dans les couleurs antérieures. La même année, la Cité de refuge est inscrite au titre des Monuments Historiques.

– En 1978, le Centre Espoir, centre d’hébergement et d’insertion sociale, est bâti par G Candilis et P Verrey sur un terrain voisin. Les niveaux 2 et 3 des deux établissements sont reliés. Dans la Cité de refuge, les anciens dortoirs sont redécoupés en chambres de 8 à 10 personnes.

– En 1988, l’immeuble de la Cité de refuge vétuste, non fonctionnel et ne répondant plus aux normes de sécurité, nécessite des travaux. Il faut, en priorité, remplacer les châssis de bois et refaire l’étanchéité des terrasses. Ces travaux dénaturent les caractéristiques originales du bâtiment en ce qui concerne les menuiseries, les garde-corps des balcons et des terrasses. Les couleurs sont modifiées.

Une restauration collaborative, décidée en 2007, aboutit à la réhabilitation du Centre Espoir (2014) et à la rénovation-restauration du centre de refuge (20015).

Réaménagement concerté à Oudiné-Chevaleret

Capture d’écran 2016-06-30 à 18.38.14Périmètre quartier Bédier-OudinéUn projet construit avec les habitants

Réaménagement du quartier Oudiné-Chevaleret, au sud du 13e arrondissement.   Des actions ponctuelles ont été engagées par Elogie qui a repris en 2013 à la Semidep le patrimoine de logements sociaux que celle-ci  gérait : la rénovation de l’immeuble Chevaleret est lancée. Elle prévoit la création de nouveaux logements, l’implantation d’activités et le relogement du centre social CAF.

En novembre 2015, plus largement, une étude urbaine a été lancée pour définir un projet de renouvellement du quartier. Dans le cadre  d’une nouvelle dynamique d’intervention en faveur des quartiers populaires, la Ville de Paris a décidé de lier ce projet à celui qui est en cours dans le quartier Bédier-Boutroux, au sud du boulevard Masséna.  Le diagnostic dressé pour ces deux secteurs montre en effet qu’ils présentent des similitudes qui permettent de dégager des objectifs communs plus ambitieux et d’assurer une continuité entre territoires.

Ces objectifs, définis par l’arrêté du 12 avril 2016, sont les suivants :

–  désenclavement par création de nouvelles voies, de dessertes locales, par fractionnement des îlots et par ouverture des façades

– renforcement de la mixité sociale par la création de logements intermédiaires ou en accession à la propriété

– renforcement de la mixité fonctionnelle en créant ou repositionnant des activités, en favorisant l’emploi local, en animant les rez-de-chaussée et en développant les liens

– création de continuités végétales avec la petite ceinture et le potentiel paysager existant

– renforcement des liens avec le secteur voisin e inscription du territoire dans la dynamique de l’Arc de l’innovation Paris-Rive gauche

– revalorisation des équipements publics, acteurs de la recomposition du quartier

– réflexion sur la place des immeubles de logement social existants et sur les améliorations à leur apporter.

En 2016, des ateliers  de concertation ont été mis en place : présentation du projet d’aménagement (9 mai), débat avec les habitants (30 mai et 13 juin), synthèse des échanges (29 juin). Ce projet a aussi été présenté le 17 mai 2016 à 15h00 dans une émission radio sur les ondes de monparisfm.com.

Lors de la réunion du 29 juin, le travail des ateliers était restitué, avec des cartes localisant les remarques et suggestions issues du débat. Deux options majeures se dégageaient : conservation totale ou partielle de la barre, avec réhabilitation ou destruction de cette barre qui serait remplacée par des « plots ». Les réactions ont divergé : il y avait ceux qui voulaient retrouver leur environnement et ceux qui voulaient du nouveau. Dans tous les cas il y aurait création d’une nouvelle rue, assurant la desserte locale, et d’un mail. Faut-il reconstruire le gymnase ou donner la priorité à un objectif d’amélioration de la qualité des logements ? Au-delà des choix d’orientation, la concertation a permis  de faire remonter les attentes de chacun et les observations tirées du quotidien (cour peu attrayante, parcours de circulation à améliorer, problèmes de sécurité…).

Une phase de la concertation est terminée. Il faut maintenant définir les orientations du projet définitif, éventuellement en recourant à une consultation des habitants concernés.

Ateliers concertation Oudiné- Synthèse des propositions-juin 2016

Circulation automobile difficile à Croulebarbe

panneau_travaux

La circulation des automobiles, des cycles et des piétons sera difficile dans le quartier Croulebarbe pendant plusieurs mois.

La mairie du 13e, avec l’appui de la RATP, d’Eau de Paris et en présence du directeur du cinéma UGC Gobelins a organisé une réunion à l’intention du CQ1 pour présenter les importants chantiers qui vont perturber les usagers et les riverains du boulevard Arago et de l’avenue des Gobelins pendant plusieurs mois à compter de cet automne. En voici un résumé.

Les travaux RATP boulevard Arago

Sans électricité, pas de métro ! Pour alimenter la traction (en 750 volts pour le métro et 1 500 volts pour le RER) ainsi que les stations, bâtiments et ateliers (en 400 volts), la RATP dispose d’un réseau indépendant de près de 2 000 kilomètres de câbles à haute tension qui sont pour l’essentiel enterrés sous la voirie. Ainsi un transformateur situé à Denfert Rochereau envoie du courant qui passe sous le boulevard Arago et le boulevard Saint Marcel et distribue de l’électricité à plusieurs lignes, notamment les 6 et 7, jusqu’au terminus de la ligne 11 Mairie des Lilas. Les câbles actuels ont plus de 50 ans et doivent être remplacés et prolongés pour atteindre Rosny-sous-Bois, nouveau terminus de la ligne 11 en 2022.

Du début du mois de septembre jusqu’à la fin du mois de décembre, le trottoir des numéros impairs du boulevard Arago sera ouvert puis refermé par tronçons de 200 mètres pour réaliser ces travaux. En 2017, ce sera le tour du boulevard Saint-Marcel, du côté du 5e arrondissement.

La circulation automobile et celle des piétons seront nécessairement perturbées, les cafés et restaurants devront démonter leurs terrasses.

Une piste cyclable boulevard Arago

C’est un engagement de la Ville dans le cadre du « plan vélos ». Depuis la Santé jusqu’au carrefour des Gobelins, l’espace réservé aux cyclistes sera, dans chaque sens, implanté sur la chaussée et non sur la voie cavalière, afin de laisser cet espace aux piétons. Les pistes, d’une largeur d’environ 1,5 mètre, seront protégées de la circulation automobile par un marquage au sol les séparant du stationnement des voitures. La place de l’automobile sera donc réduite d’environ deux mètres dans chaque sens. Le sujet le plus difficile à traiter est celui des arrêts de l’autobus 83 : des quais seront construits sur la chaussée et comprendront les abribus. Les voyageurs devront donc franchir la piste cyclable pour rejoindre l’arrêt.

Une bonne coordination entre la RATP et la Ville est indispensable pour que ces deux chantiers se fassent dans l’ordre et que cela n’aggrave pas les nuisances.

Le remplacement des conduites d’eau avenue des Gobelins

Eau de Paris va entreprendre à partir du mois de septembre un très important chantier de remplacement des conduites d’eau situées dans les égouts sous le trottoir des numéros pairs de l’avenue (donc côté Manufacture). Il s’agit de très gros tuyaux (40 centimètres de diamètre) qui transportent l’eau depuis le réservoir de Montsouris et alimentent les quartiers bas de la rive gauche : la fonte est ancienne, les points de jonction sont érodés et laissent passer quelques fuites, et la peinture qui a été utilisée contient de l’amiante. L’enlèvement et le remplacement des conduites se feront en trois tronçons, chacun d’entre eux nécessitant de creuser un puits de service pour le matériel et au moins un puits pour la sécurité des ouvriers. Les travaux dureront environ trois mois par tronçon et devraient s’achever au carrefour Gobelins Arago au mois de mai 2017. La « base vie » sera implantée rue Croulebarbe, en face de l’école maternelle

Eau de Paris nous a assuré qu’il n’y aurait pas de coupure de l’alimentation en eau des riverains (sauf ¼ d’heure en début et en fin de chantier du tronçon concerné). La circulation des piétons sera rendue plus difficile, celle des vélos (surtout dans le sens montant) plus périlleuse et les commerçants auront sans doute quelques bonnes raisons de se plaindre.

La démolition-reconstruction du cinéma UGC de l’avenue des Gobelins.

Presque un an et demi de travaux : le cinéma UGC de l’avenue des Gobelins va être entièrement démoli et reconstruit. Il n’est pas prévu d’augmentation significative du nombre de places, mais une augmentation du nombre de salles, qui passent de 7 à 11. Davantage de salles plus petites devrait permettre de programmer plus de films et d’enrayer la baisse de la fréquentation.

Le chantier s’annonce important, avec une noria de camions pour enlever les gravats, une réduction à deux voies de l’avenue, le couloir bus neutralisé et un parcours piétons un peu périlleux de ce côté de l’avenue

La coordination entre les travaux du cinéma et ceux du réseau d’eau s’annonce délicate.

plan Arago-Gobelins